Arnaud Constant, social media manager d’Amnesty International France

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Arnaud_Constant-entretienArnaud a eu sa première connexion web (28K à l’époque…) à l’âge de 13 ans. À 14 ans, il crée ses premiers sites puis ses premiers forums (PhpNuke, qui s’en souvient ?). Quelques années plus tard, après l’obtention d’un Master Communication de la Sorbonne Nouvelle et d’un Master Communication numérique, conduite de projet et veille stratégique, il fait un passage dans le marketing cinéma avant d’accepter une mission d’un an à Greenpeace France.

L’expérience est révélatrice et il se spécialise dans la communication numérique des ONG et des groupes de pression. Il travaille ensuite quelque temps en agence (avec des clients comme Audi, Aigle et le Forum d’Avignon). Depuis deux ans et demi, il est le social media manager d’Amnesty International France.

 

 

 

Quels sont les sites sur lesquels vous vous plaisez à naviguer ?

Généralement ceux où l’on ne se rend même pas compte que le site existe. Les sites en fait où l’on fait fi du contenant pour aller directement au contenu. Et faire un contenant « invisible », mais qui incite à rester sur le site, c’est un travail difficile…

En ce sens, Le Monde.fr, le Boston GlobeYoutube et Twitch sont des sites exemplaires pour moi et j’y passe beaucoup de temps. Le Monde.fr arrive à faire ressortir l’essentiel avec en parallèle un rubriquage complexe et profond. Le journal est aussi souvent à la pointe en essayant de nouvelles formes pour présenter un contenu en ligne, quitte à abandonner le format choisi si le résultat n’est pas concluant.

J’ai découvert le Boston Globe grâce à sa rubrique photographique. C’était l’un des premiers sites médias à présenter des photos d’actualité en pleine page. Cela semble anecdotique, mais c’est un vrai défi d’avoir pu réaliser cela dans le milieu de la photographie et de l’iconographie.

Youtube et Twitch quant à eux recèlent une quantité monstre d’informations tout en restant extrêmement simples d’usage. Et ces plateformes permettent de faire de plus en plus de choses (sous-titrage, du direct, du montage, incrutastion de lien, etc.) en conservant ce côté accessible à tous. Leur puissance vient de cette simplicité.

 

La dernière sirène (campagne) qui vous a interpellé ?

Je vois passer quantité de campagnes, mais celle qui a retenu mon attention ces 3 derniers mois, c’est la « campagne responsable »  de BioCoop. Un dispositif complet basé sur les valeurs de la marque : respect de l’environnement, écologie, engagement militant. Le contenu et les messages de la marque sont en accord avec le dispositif digital : un site de seulement 3 Mo, composé d’ASCII et de parallaxe, une campagne de tweets racontant le lancement de la chaîne en retweetant/recyclant les messages de parfaits inconnus. J’ai vraiment été bluffé par l’intégration et par la complexité de l’idée, rendue pourtant facile à comprendre au final.

 

Contre quel(s) courants résistez-vous ?

Les discours « faisons du web pour toucher les jeunes » ou « on va faire du social media pour faire jeune » ont une sérieuse tendance à m’horripiler. Dire ça, c’est oublier tout ce qui se passe sur le web depuis au moins 10 ans. Des militants chevronnés s’activent sur Twitter, des familles font leurs courses sur Amazon, certains ados utilisent à peine Facebook, mais passent leur temps sur Snapchat… La population et la consommation d’Internet se complexifient, s’enrichissent, se diversifient et toutes les tranches d’âge sont concernées.

Un autre aussi : « le social media, c’est trivial ». J’ai reçu récemment une demande d’entretien pour le mémoire d’une étudiante partant de cette hypothèse. Comme si ce que nous diffusions sur les réseaux sociaux avait moins d’enjeux qu’à la télévision ou dans un magazine… Certes, il y a une fonction « edit » sur Facebook et nous pouvons masquer des commentaires, mais, pour moi, le social media est maintenant le premier point d’accès entre une marque/une institution/une organisation et le consommateur/le citoyen/le militant. Donc non, rien de trivial dans tout ça. Si on ne soigne pas sa première porte d’entrée et qu’elle ne représente pas sa marque, c’est dommageable.

Je me rappelle par exemple un client en agence qui voulait à tout prix réagir à l’actualité sur les médias sociaux. C’est à dire communiquer pendant les « marronniers » (Noël, Saint Patrick, baccalauréat, etc.) ou lorsqu’une actualité tombait (par exemple un scandale politique). Il s’agissait d’une marque automobile de luxe. Certes il y aurait eu beaucoup de likes, de partage et de retweet, mais… il en oubliait l’essence même de sa marque. Ce genre de pratique est intéressante quand il s’agit d’un one shot. Sur le long terme, n’importe quel internaute trouve cela « déjà vu », voire lourdingue.

 

À l’inverse, par quel vent digital vous laisseriez-vous volontiers porter ?

Les gif.

 

2025, Odyssée des contenus ! À quoi ressembleront-ils dans 10 ans ?

Les contenus ne vont pas changer. On fera toujours du texte, de la photo, de l’audio, du dessin et un mix de tout ça. On imaginera toujours de nouveaux formats en pensant que c’est l’avenir et puis ils se ringardiseront quelques mois plus tard. La narration dans ces contenus, par contre, évolue. Nous sommes de plus en plus poussés à raconter des histoires et à développer des univers mutli-plateforme (ce que je fais sur mes différents supports doit être cohérent, se répondre, etc.). Et ça, c’est nouveau. Dans mon métier, on ne peut plus imaginer une action de pression strictement hors ligne, une manifestation ne peut pas ne pas avoir son pendant digital. Lors d’un happening, les actions se déroulent dans un lieu physique, mais sont pensées pour circuler sur les réseaux sociaux, être communiquées aux journalistes et sont calibrées pour l’ensemble des supports.

Je pense aussi que la distribution de ces contenus va se complexifier. La plupart des acteurs se rendent compte que le jour et l’heure de publication sont primordiaux. Avec l’infobésité que nous connaissons tous, comment délivrer son contenu dans de bonnes conditions à l’internaute ? C’est la question centrale. Bien sûr, il faut toujours monter en qualité, mais il faudra aussi penser davantage notre façon de pousser et d’animer nos contenus. Nous ne pourrons plus produire du contenu sans prendre en compte le destinataire final, voire même sans « co-construire » ce contenu avec lui.

 

Votre job « next generation » : ce qui va révolutionner votre métier dans les prochaines années ?

Le fait que la plupart des acteurs en interne deviennent de plus en plus des producteurs de contenu et maîtrisent techniquement autant le média que nous. Notre rôle en tant que social manager ne sera plus d’évangéliser, de former les personnes et/ou de produire du contenu, mais de se poser en curateur de contenu. C’est déjà un peu le cas, mais je pense que cette tendance va en s’accélérant.

Une personne dans votre entreprise ou votre agence peut avoir une bonne idée ou la bonne façon de faire sans que cela soit le N+1+1+1 de la structure. En travaillant avec des gens « plus anciens » dans le monde de la communication, j’ai l’impression que nous ne connaissons plus vraiment le même monde. Il ne s’agit plus forcément de produire la bonne idée que tout le monde attend dans une structure de fonctionnement verticale, mais de débusquer la bonne idée dans des structures de fonctionnement de plus en plus horizontales.

 

Le profil LinkedIn d’Arnaud : https://www.linkedin.com/in/arnaudconstant/fr

Son Twitter : https://twitter.com/Arnaud_Constant

 

© photo bandeau : droits réservés Amnesty International

 

Article publié par Albane Dupety, consultante Digital chez Soyuz.